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Towering loons par Pudlo Pudlat, 1985, gravure sur pierre, Cape Dorset

Les oiseaux arctiques sont souvent les sujets des estampes et des sculptures illustrés par les artistes inuit et leurs représentations sont parfois associées à des mythes de la tradition orale. Certaines de ces histoires sont très populaires dans l’Arctique, inspirant ainsi les artistes : par exemple, le récit de Lumaaq, un jeune garçon aveugle guéri par les huards (également appelé « plongeons » ou tuulliq dans la langue inuit ;Gavia immer en latin) est bien connue.

Il en existe différentes versions, selon les familles et les régions; toutes racontent l’histoire d’un jeune homme aveugle vivant avec sa sœur et leur mère adoptive (ou leur grand-mère) qui les maltraitait. Nous voyons ici comment le jeune homme recouvre magiquement la vue, dans un extrait du mythe de Lumaaq. Le récit suivant a été partagé par Abraham Nastapoka (Aipajaqaa Nastapuuka) à Inukjuaq au Nunavik (Nord québécois), en 1967.

Au mois de juin, quand les gens vivaient sous la tente, toutes sortes d’oiseaux migraient vers le nord. Des huards, venant de la mer et volant en direction des lacs passèrent en criant au-dessus d’une tente familiale. Un garçon aveugle entendit les cris et huards et pensa que ces oiseaux pourraient probablement le guérir de sa cécité. Il demanda donc à sa sœur s’il y avait un lac dans les environs.

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Red necked Loon par Pitaloosie Saila, 1988, gravure sur pierre, 14/50, Cape Dorset

Le garçon qui restait seul dans sa tente toute la journée, se mit à imaginer que sa sœur pourrait l’emmener au lac où les huards s’étaient rendus. Un jour, alors que sa méchante mère était partie, il dit à sa sœur : « Ma sœur, guide-moi jusqu’au lac le plus près. Une fois que nous y serons, tu pourras rentrer à  la maison, mais entasse des pierres en petits monticules qui m’indiquerons le chemin du retour » C’est ainsi qu’ils partirent en direction du lac le plus près.

Ils l’atteignirent, puis sa sœur  rentra à la maison. Le garçon aveugle se tenait près du lac en attendant le cri des huards. Ceux-ci vinrent au lac et se posèrent sur l’eau en criant très fort. Le garçon les héla : « Huards ! Huards ! Redonnez-moi la vue ! ». Les huards s’approchèrent de la rive et lui répondirent : « Très bien. Si tu veux te débarrasser de ta cécité, viens sur la rive et enlève tous tes vêtements. »

Le garçon suivit les instructions des huards et enleva tous ses vêtements. Il se glissa dans l’eau, les huards le guidant par la main. Tandis qu’il se tenait debout dans le lac, immergé jusqu’au cou, les huards léchèrent ses yeux. Après quoi, ils l’enjoignirent de plonger sous l’eau, en précisant : « Donne-nous un signal quand tu auras besoin de remonter pour respirer. Nous te tirerons jusqu’à la surface. »

Même s’il aurait pu y rester encore un peu, le garçon, se sentant nerveux sous l’eau, signala aux huards de le remonter. À son grand étonnement, les huards le tirèrent jusqu’à la surface dès qu’il eût donné le signal. Quand il émergea, les huards lui demandèrent : « Est-ce que tu vois maintenant ? » Il répondit : « Oui, je vous vois tous les deux. »

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Arctic ensemble par Pitaloosie Saila, 2009, lithographie, 22/50, Cape Dorset

Ils léchèrent ses yeux de nouveau, puis le garçon répéta son plongeon. Cette fois, il était moins nerveux et demeura sous l’eau un peu plus longtemps avant de donner le signal de la remontée. Quand il émergea, les huards lui demandèrent : « Est-ce que tu peux voir le carex qui pousse là-bas, au pied des collines ? » « Non » répondit le garçon.

Alors pour la troisième fois, les huards léchèrent les yeux de l’aveugle et lui dirent de plonger sous l’eau. Le garçon se sentait maintenant assez brave pour y rester bien plus longtemps. Il donna le signal, puis les huards le remontèrent à la surface.

Quand il émergea, ils lui posèrent la même question : « Maintenant, est-ce que tu peux voir le carex au pied des collines ? ». Le garçon répondit : « Oui, maintenant je peux voir la beauté de ces plantes. »

« Nous avons guéri ta cécité », lui dirent les huards. Ayant recouvré la vue, le garçon retourna sur la rive et remit ses vêtements, après quoi les huards s’envolèrent. [transcrit par Jacob Oweetaluktuk et traduit par Johny Nowra]

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Loon par Sajuili Aupatu, 1963, gravure sur pierre, 16/30 Puvirnituq (Nunavik)

Bien que les huards restent un sujet populaire dans les arts de l’Arctique, ils ne sont pas systématiquement associés au récit de Lumaaq : leur représentation est appréciée par de nombreux artistes qui aiment les dessiner ou les sculpter, pour leurs mouvements ou leur association symbolique, au printemps, au retour du soleil et de la chaleur.

 

Source

Abraham Nastapoka, 1995, « Comment les tuulliik guérirent l’aveugle », Tumivut, atuagait inuit nunavimmiut iluqqusinginnuangajut/ Tumivut, the cultural magazine of the Nunavik Inuit/ Tumivut, la revue culturelle des Inuit du Nunavik, numéro 6, pp. 21-22.

 

Toutes ces estampes sont disponibles sur notre site: 

http://inuitartprints.com/search?x=0&y=0&q=loons

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