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Image Maudie Rachel Ohitook (Muati Okittuq)

Voir les oeuvres de l’artiste, http://www.inuitartzone.com/product_p/179a.htm

Maudie Rachel Ohitook est mieux connue par le nom Muati Okittuq, par les gens de sa communauté à Talurjuat (ou Taloyoak en anglais, autrefois Spence Bay jusqu’en 1992) situé dans la région Netsilik au centre du Nunavut. Elle naquit à Thom Bay, à l’est de la péninsule Boothia qu’elle quitta en 1965 pour s’installer à Talurjuat où elle commença à sculpter trois ans plus tard. À cette époque, elle comptait parmi le petit nombre de sculpteurs de sa communauté, alors que peu de femmes s’impliquaient dans la création sculpturale. L’époux de Maudie, James Okittuq est également un sculpteur de renom.

La période la plus productive de Maudie Ohitook débuta dans les années 1980, alors que l’artiste développait un style personnel puissant, avec des lignes douces ondulantes, des détails minutieux et des sujets expressifs parfois autobiographiques. Elle appréciait sculpter des os de baleine et la pierre et c’encore le cas aujourd’hui. Ses représentations favorites sont les sujets féminins souvent en relation avec la cosmologie inuit. Citons notamment une femme et son enfant transformés en oiseaux, une femme chamane en train d’accoucher, des portraits d’êtres humains grimaçants ou faisant un clin d’œil, des pratiques médicales de guérison, ou encore l’histoire de Nuliajuk (connue par non-Inuit sous le nom anglais de Sedna et connue ailleurs par les Inuit comme Uinigumasuittuq, Takanaaluk ou Tallijajuq) qui est l’un des sujets les plus courants de son œuvre.

L’extrait suivant provient d’une entrevue réalisée en inuktitut et traduite en anglais par Louise Anaija à Talurjuat, le 22 November 1996 (voir Coward-White 2000: 94). La version française est notre traduction.

Nous nous sommes installés à Taloyoak en 1966, année au cours de laquelle Ohikttok [James Okittuq] devint mon époux. Des gens commençaient à sculpter, alors Ohikttok et moi, nous décidâmes de sculpter aussi, en 1968. Nous avions l’habitude de travailler ensemble, utilisant seulement des outils manuels comme des haches et des limes, car il n’y avait alors pas d’outils mécaniques. Nous commençâmes d’abord à utiliser des os de baleines puis ensuite de la pierre. Nous étions comme des professeurs l’un pour l’autre. Je critiquais ses sculptures et il faisait de même pour moi. J’aimais sculpter. Mais plus tard, je ne voulus plus sculpter du tout. Mon mari m’encouragea à poursuivre la sculpture et aujourd’hui, je l’en remercie.

Quand je réalise les premières phases d’une sculpture, il est difficile d’envisager comment elle sera – pour moi, en tout cas. D’autres sculpteurs savent probablement comment sera leur sculpture avant de la commencer. Je ne sais jamais ce que je vais sculpter avant de commencer à tailler la matière. C’est seulement quand je vois une figure que je commence à entrevoir ce à quoi elle ressemblera. Alors quand je débute la taille, je sais enfin ce que je vais représenter et je sculpte ce que je vois. Je pense parfois que je vois ce que je suis capable de sculpter dans la pierre, mais en tant que sculpteur, on ne peut jamais vraiment savoir à quoi ressemblera l’œuvre achevée.

Depuis les années 1980, des amis et des gens me demandent souvent de sculpter. Je n’avais jamais pensé que la sculpture ferait parti de ma vie et je n’avais jamais rêvé d’être hissée au rang des meilleurs sculpteurs.

Source

Coward-White, Darlene (ed.), 2000, Art and expression of the Netsilik, Winnipeg: Winnipeg Art gallery, pp. 94-98.

 

 

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