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L’environnement immédiat et les expériences individuelle, familiale ou communautaire représentent les sources essentielles d’inspiration des artistes, y compris lors de la représentation de sujets chamaniques et imaginaires.

Les œuvres inuit s’adressent au marché international de l’art – Amérique du Nord et Europe en particulier – c’est-à-dire aux Qallunaat, « non-Inuit ». Initialement à but commercial, la création artistique contemporaine du Nunavut et du Nunavik dépasse néanmoins cette seule finalité : l’art assigne aux Inuit une nouvelle identité, à laquelle participe le répertoire iconographique des estampes. Les artistes sont unanimes lorsque nous les interrogeons : « l’importance du sujet prime sur tout le reste ». La signification du sujet et l’intentionnalité des artistes déterminent l’iconographie des œuvres qui deviennent porteuses de parole.

L’activité cynégétique occupe une place essentielle dans la culture inuit et représente naturellement un sujet de prédilection pour les artistes, majoritairement masculins – donc chasseurs – au début des années 1960. N’oublions pas que quand les artistes ne travaillent pas, ils vont chasser le plus souvent si le temps le permet. Omniprésent dans la société inuit, le gibier l’est aussi dans l’iconographie : seuls ou en groupe(s), les mammifères marins et terrestres apparaissent pourchassés par des prédateurs humains ou animaux, mais également acteurs des mythes fondateurs ou encore associés au chamanisme. L’ours blanc, le caribou, le phoque, le morse, le narval, le béluga et la baleine, mais aussi les poissons et les oiseaux (harfang des neiges, corbeau et huard en particulier) correspondent aux sujets animaliers les plus répandus dans les estampes.

Le quotidien représente également un thème iconographique majeur dans les arts graphiques comme dans la sculpture, en référence au mode de vie nomade passé mais aussi sédentaire actuel. En dépit de l’importance des scènes de chasse, l’illustration des activités féminines s’intensifie (avec des sujets comme : mère et enfant, le partage de la nourriture, la préparation des peaux) en lien avec la féminisation croissante des artistes graphiques.

Aujourd’hui, les artistes Inuit s’inspirent simultanément  du passé et du présent, c’est-à-dire que leurs représentations artistiques se réfèrent à la fois au mode de vie passé nomade et actuel sédentaire. Les sujets choisis par les artistes contemporains contribuent à la transmission et à la réappropriation des savoirs traditionnels, dont le processus de  christianisation engagé dès la fin du XIXe siècle et la scolarisation forcée dans les années 1950 les a privés. Etrangères à la notion de « l’art pour l’art », les créations inuit – estampes, peintures, sculptures, tapisseries et poteries – œuvrent comme des supports de narrations. Si l’histoire de l’art occidental n’accorde que peu voire pas de place au discours de l’artiste, les œuvres d’art contemporaines inuit ne peuvent pourtant être dissociées de la parole puisqu’elles proviennent d’une société dont les savoirs issus des expériences collectives et individuelles se transmettent par l’oralité.

Devenues explicites à l’extérieur du territoire Inuit, les œuvres d’art Inuit attestent de la richesse du répertoire iconographique comme de la dynamique de la création artistique. Les artistes Inuit jouent aujourd’hui un rôle majeur dans la société contemporaine : leur fort engagement dans le domaine culturel leur assigne un nouveau statut au niveau local et international, celui de porte-parole d’une culture en changement ouverte sur le monde et profondément attachée à ses traditions.

Référence :

HESSEL, Ingo, 1998, Inuit Art: An Introduction, Vancouver/Toronto : Douglas & McIntyre.

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